Pouvez vous me faire une contraction de texte d'environ 126 mots sur cela s'il vous plaît :
Martine BULARD, « Le Sexisme ordinaire au travail », Le Monde diplomatique, 1999
On ne compte que 6,3 % de femmes parmi les équipes dirigeantes des 5 000 entreprises leaders installées en France, selon l’étude très minutieuse de Jacqueline Laufert et Annie Fouquet. Dans la haute administration centrale, on tutoie à peine la barre des 10 %. La fonction publique — où l’emploi féminin représente pourtant 56,9 % des emplois totaux — ne fait guère mieux que le privé. Et il n’y a pas plus de femmes dans les états-majors des grandes entreprises ou de l’administration qu’au Sénat ou à l’Assemblée nationale.
La similitude n’a rien d’étonnant. En politique, comme dans la sphère économique, la gent féminine est d’abord vue comme un agent déstabilisateur par ceux (parfois celles) qui sont installés. C’est une constante dans l’histoire. Pour refuser aux femmes le droit de vote, l’argument principal a d’abord été, on s’en souvient, leur prétendu « penchant en faveur des curés et des royalistes », constituant une véritable « menace pour la République ». Aujourd’hui, les anti-paritaristes estiment, pour la plupart, qu’il s’agit d’une entorse à l’universalisme, pouvant « déstabiliser la République ».
Personne ne parle de menace sur l’entreprise, mais les femmes y demeurent globalement un « problème ». Pour la sociologue Sabine Fortino, qui a longuement enquêté dans une grande entreprise publique et à la direction générale des impôts (DGI), il n’est pas rare que des cadres parlent de « pensionnat de jeunes filles » ou de « basse-cour où ça piaille » à propos de tel ou tel service à majorité féminine. L’arrivée d’un homme comme chef y est alors présentée comme un facteur de régulation — « le coq d’une basse-cour, par définition indisciplinée ». A l’inverse, dans un univers masculin, les femmes seront plutôt vécues comme des agents perturbateurs, pouvant conduire à l’éclatement de l’équipe.